Au travers de nos rencontres avec les divers acteurs du monde SaaS u n sujet délicat revient souvent sur la table: le modèle de revenus du SaaS.
Contrairement aux logiciels traditionnels dont la structure des coûts est composé d’un coût de licence souvent accompagné de coûts d’installation/intégration et du support produit, le SaaS est caractérisé par un modèle de coûts basé sur l’abonnement dont le montant n’est pas fixe d’un client à l’autre mais dépendant de sa consommation (nombre d’utilisateurs sur la plateforme, utilisation de fonctionnalités avancées, consommation de ressources etc…).
Si un certain consensus peut être trouvé sur cette définition de “base” du business model, cela se complique en revanche sur certains détails.
Premier point d’achoppement: les caractéristiques de l’abonnement. En effet pour certaines personnes le véritable modèle SaaS implique une flexibilité maximale pour l’utilisateur, ce qui se traduit par des abonnements à échéances courtes (abonnements mensuels, trimestriels) et non sur des périodes d’engagement longues de type 24 mois. L’utilisateur doit pouvoir d’un mois à l’autre arrêter de payer si le produit ne lui convient plus. Cette logique est effectivement dans “l’essence du SaaS” à savoir la flexibilité de consommation pour le client final.
Second point d’achoppement l’aspect “paiement à la consommation”. Là aussi la logique du SaaS est de proposer à l’utilisateur de ne payer que ce qu’il consomme. Si j’ai besoin d’envoyer 10 000 mails par mois via mon service d’emailing je ne paierai que ces 10 000 emails, si j’ai 10 employés qui utilisent la plateforme je paye davantage que si 5 employés en ont besoin etc… Là encore la définition semble assez simple mais pas tous les éditeurs proposent de vrais modèles flexibles. Parfois il s’agit simplement de modèles freemium via lesquels l’utilisateur paye pour accéder à des fonctionnalités avancées mais pour lesquelles il n’y a en réalité aucun coût variable.
Ces choix que doivent faire les éditeurs dans le pricing de leurs applications sont loin d’être anodins. Le problème est que traditionnellement le modèle du logiciel faisait tout pour retenir l’utilisateur, même (surtout) à son détriment: vente d’une licence long terme/propriété du logiciel pour que l’utilisateur ne puisse plus revenir en arrière, coûts d’installation élevés pour créer des barrières à la sortie et rendre plus difficile le passage aux concurrents, vente de licences sans considération du nombre réel d’utilisateurs actifs (les comptes jamais activés sont tout de même payés par l’entreprise) etc…
D’un point de vue éditeur cette logique se tient, pour optimiser leurs revenus il faut créer un ensemble de barrières qui retiennent le client à long terme. Ce modèle a fait ses preuves et c’est d’ailleurs pour cela que les vrais modèles SaaS ne sont pas généralisés en France.
En effet comment se dire en tant qu’éditeur qu’un client peut être perdu d’un mois à l’autre? Que la flexibilité du modèle qu’il propose permet à ses utilisateurs payants de se désengager sans préavis de 6 mois? Que le client paye exactement que ce qu’il consomme et donc que l’éditeur perd tous les revenus liés aux comptes inactifs, oubliés, aux ressources payés mais non consommés par l’utilisateur?
La difficulté est non seulement d’intégrer dans son plan de financement, de trésorerie cette nouvelle structure de revenus mais aussi d’expliquer aux investisseurs, aux banques et autres financeurs que votre modèle est beaucoup plus optimisé pour vos clients qui payent moins et peuvent partir à tout moment! C’est souvent pour toutes ces raisons que de nombreux éditeurs mettent en place des “faux SaaS”, qui n’ont du SaaS que certaines caractéristiques…
La question du business model du SaaS est donc une vraie question… Jusqu’à quel point doit il être poussé pour que l’éditeur s’y retrouve tout de même financièrement? Comment mettre en place un modèle qui soit gagnant-gagnant entre l’éditeur et le client?
Ces questions restent plus que jamais ouvertes…
Source:
mag.welovesaas.com